couleur d'or
vent léger
il neige des feuilles
couleur d’or
L'automne est bien là
Et les feuilles rougies tombées
Couvrent mon jardin ;
Personne ne me rend visite
En s’y frayant un chemin
Anonyme
Recueil des joyaux d’or et d’autres poèmes, traduit et présenté par Michel Vieillard-Baron, Les Belles Lettres, Paris
Le ciel s’est libéré de ses vapeurs torrides,
Les jours se sont défaits des trop vives clartés,
L’air s’est enfin rempli d’une tiédeur humide,
Le calme est revenu, l’été s’en est allé.
L’été s’en est allé. Tout revit. Tout respire
Le suave parfum de la douce saison
Et pourtant je perçois, dans l’ombre qui s’étire,
Un étrange regret et de légers frissons.
Isabelle Callis-Sabot
Un soir, quelqu’un voit un aveugle qui marche avec une lampe. Il ne comprend pas : s’il est aveugle, il n’a pas besoin de lampe pense-t-il. Alors il lui demande pour quelle raison il a une lampe. L’aveugle lui répond : "j'ai entendu dire que quand il fait nuit, tout le monde est comme moi, perdu dans le noir, donc j’allume la lampe pour guider les gens".
La personne dit alors : "Comme vous êtes gentil ! Vous allumez une lampe pour les autres." L’aveugle lui répond : "En fait, j’allume une lampe pour moi aussi, parce que quand j’ai la lampe, les autres me voient dans le noir, et ils ne me rentrent pas dedans."
La morale de cette histoire : en aidant les autres tu t'aides toi-même.
Anonyme
« Jamais rien d’autre. D’essayé. De raté. N’importe. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux. »
Samuel Beckett "Cap au pire"
Ma maîtresse est une ogresse
Loin au-dessus de sa tête, les mots s'envolent, se mélangent, s'entrechoquent...
-- Elle croque la vie à pleines dents ! dit l'un.
-- C'est un monstre de travail ! dit l'autre.
Thomas sursaute.
CROQUE... DENTS... MONSTRE...
A-t-il bien entendu ?
Mais bla-bla-bla... les parents continuent :
-- Il paraît que cette maîtresse est toujours pleine d'allégresse !
Quoi ? Cette fois-ci, Thomas en est sûr ! Il a bien compris !
LA MAITRESSE EST UNE OGRESSE !
Sylvie Poillevé
"Le patriotisme c'est l'amour des siens, le nationalisme c'est la haine des autres"
Romain Gary "Education européenne"
Quelques jours après l’éclipse, je redécouvre Alice Rahon avec ce tableau intitulé: éclipse.
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Un peu plus de détails sur cette artiste dont l’atmosphère picturale me plaît beaucoup:
Alice Rahon est née en 1904 à Chenecey-Buillon (village de Franche-Comté, bien qu'elle dise être née en Bretagne où elle a passé beaucoup de temps chez ses grands-parents) et morte en 1987 à Mexico. Epouse du peintre autrichien Wolfgang Paalen dont elle porte le nom en tant que poétesse, elle fréquente le milieu surréaliste à Paris. Elle fait plusieurs voyages (Espagne, Inde, Etats-Unis etc…) où elle s’intéresse notamment aux arts premiers et à la culture amérindienne avant de partir pour l’Alaska puis le Mexique où elle fréquente Frida Khalo. Elle y trouve sa voie dans la peinture et reprend son nom de naissance (le nom de sa mère ?). Elle s’y installe définitivement s’imprégnant de cette culture pour une œuvre originale et singulière. Artiste reconnue largement en Amérique Latine et aux Etats-Unis, elle y figure dans des grands musées mais elle est quasiment inconnue en France.
Voici un texte écrit en 1951 à l’occasion de son exposition à la « Galeria de Arte Mexicano » à Mexico :
« À l'origine, dans la nuit des temps, la peinture était magique; elle détenait la clé de l'invisible. À cette époque-là, la valeur d'une œuvre dépendait de son pouvoir d'évocation, pouvoir inaccessible au seul talent.
Tel le chaman, la sibylle ou le sorcier, le peintre devait se faire humble, afin de pouvoir assister à l'apparition des esprits et des formes.
Aujourd'hui, nous vivons à un rythme qui n'est pas le principe primordial de la peinture ; conçu dans la contemplation, le contenu émotif d'un tableau ne peut être perçu en dehors de la contemplation.
L'invisible nous parle et l'univers qu'il décrit prend la forme d'apparitions; il éveille en chacun de nous la nostalgie du merveilleux et nous en montre le chemin, celui de la grande conquête de l'enfance et qui se perd lorsqu'on nous impose un système d'éducation rationnelle.
Peut-être aurons-nous déjà vu la Cité d'Émeraude dans quelque rêve lointain provenant de la réserve émotionnelle commune à tous les êtres humains. En entrant par la porte des Sept Couleurs, nous voyageons le long de l'Arc-en-Ciel. »
Alice Rahon, Mexique, 1951.
Article précédent sur Alice Rahon :
https://mimiclectik.canalblog.com/2025/05/alice-rahon-et-les-chats.html
Ami je ne te demande pas
d'où tu es d'où tu viens
je le sais
pas besoin d'ADN
de papiers tamponnés
pas besoin de preuves
toi et moi nous sommes
feuilles d'arbres
pas du même arbre
mais de la même forêt
la forêt des milliards de feuilles
qui font la vaste rumeur
dont s'étonnent là-haut
les astres muets
qu'importe vraiment
le nom de ton arbre !
toi et moi nous sommes
deux feuilles légères
dans les milliards de feuilles
et quand on est feuille
on a un destin de feuille :
qu'on soit du chêne ou du châtaignier
on vieillit avec la forêt
ou on brûle avec elle
Jean-Pierre Siméon
Il paraît que c'est la journée internationale du chat... Pourquoi pas... Enfin ceci m'amène à proposer un beau poème sur le chat de Charles Baudelaire.
Dans ma cervelle se promène,
Ainsi qu’en son appartement,
Un beau chat, fort, doux et charmant.
Quand il miaule, on l’entend à peine,
Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais que sa voix s’apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C’est là son charme et son secret.
Cette voix, qui perle et qui filtre
Dans mon fond le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.
Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n’a pas besoin de mots.
Non, il n’est pas d’archet qui morde
Sur mon cœur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,
Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu’harmonieux !
De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu’un soir
J’en fus embaumé, pour l’avoir
Caressée une fois, rien qu’une.
C’est l’esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?
Quand mes yeux, vers ce chat que j’aime
Tirés comme par un aimant,
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même,
Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.
Charles Baudelaire