02 décembre 2009
les Frères Jacques en poésie
Voici deux chansons de saison des Frères Jacques:
En plus du fameux poème de Prévert "deux escargots s'en vont à l'enterrement", la "ballade en proverbes du vieux temps" de Queneau
Découvrez la playlist frères Jacques avec Les Frères Jacques
Ballade en proverbes du vieux temps
Il faut de tout pour faire un monde
Il faut des vieillards tremblotants
Il faut des milliards de secondes
Il faut chaque chose en son temps
En mars il y a le printemps
Il est un mois où l'on moissonne
Il est un jour au bout de l'an
L'hiver arrive après l'automne
La pierre qui roule est sans mousse
Béliers tondus gèlent au vent
Entre les pavés l'herbe pousse
Que voilà de désagréments
Chaque arbre vêt son linceul blanc
Le soleil se traîne tout jone
C'est la neige après le beau temps
L'hiver arrive après l'automne
Quand on est vieux on n'est plus jeune
On finit par perdre ses dents
Après avoir mangé on jeûne
Personne n'est jamais content
On regrette ses jouets d'enfant
On râle après le téléphone
On pleure comme un caïman
L'hiver arrive après l'automne
Envoi
Prince ! Tout ça c'est le chiendent
C'est encore pis si tu raisonnes
La mort t'a toujours au tournant
L'hiver arrive après l'automne
Raymond Queneau
*
A l'enterrement d'une feuille morte
Deux escargots s'en vont
Ils ont la coquille noire
Du crêpe autour des cornes
Ils s'en vont dans le noir
Un très beau soir d'automne
Hélas quand ils arrivent
C'est déjà le printemps
Les feuilles qui étaient mortes
Sont toutes ressuscitées
Et les deux escargots
Sont très désappointés
Mais voilà le soleil
Le soleil qui leur dit
Prenez prenez la peine
La peine de vous asseoir
Prenez un verre de bière
Si le coeur vous en dit
Prenez si ça vous plaît
L'autocar pour Paris
Il partira ce soir
Vous verrez du pays
Mais ne prenez pas le deuil
C'est moi qui vous le dis
Ça noircit le blanc de l'oeil
Et puis ça enlaidit
Les histoires de cercueils
C'est triste et pas joli
Reprenez vos couleurs
Les couleurs de la vie
Alors toutes les bêtes
Les arbres et les plantes
Se mettent à chanter
A chanter à tue-tête
La vraie chanson vivante
La chanson de l'été
Et tout le monde de boire
Tout le monde de trinquer
C'est un très joli soir
Un joli soir d'été
Et les deux escargots
S'en retournent chez eux
Ils s'en vont très émus
Ils s'en vont très heureux
Comme ils ont beaucoup bu
Ils titubent un p'tit peu
Mais là-haut dans le ciel
La lune veille sur eux.
J. Prévert
30 novembre 2009
l'ennemi nous le connaissons Eugène Guillevic
Il y aura toujours dans l'automne
Une pomme sur le point de tomber.
Il y aura toujours dans l'hiver
Une fontaine sur le point de geler.
L'ennemi,
Nous le connaissons.
Eugène Guillevic "Gagner"
30 octobre 2009
Béryl Cathelineau-Villatte
Poésie courte si triste et si touchante...Ces tercets ressemblent à des haïkus, mais à mon avis n'en sont pas tous, les pensées et interprétations de l'auteur étant souvent très présentes, à la différence des haïkus. (voir site Temporel)
pastel de B.Cathelineau Villatte
Les mots sont en cage,
Comme les feuilles mortes,
Matin, sans parole...
*
Ciel noir,
Que ne ranime pas
L’énergie d’or du ginko.
*
Au jardin de novembre,
Un poignard au cœur,
Et l’âme égarée.
*
Aux arbres décharnés,
Apparaissent, les nids
Regrets ou promesses ?
*
Sur un air de mouette,
Au pas des petits chevaux,
Le jardin s’ébroue.
*
La lune était présente,
A cet au revoir,
Détail qui sauve...
*
Même le chuchotement des feuilles,
Avec le vent,
N’éloigne la tristesse.
*
Le soleil d’automne,
Ne ravive pas, celui,
Qui déjà sommeille.
*
Qui sait ce qu’entend,
Lui, qui est
Dans un ailleurs profond ?
*
Le vent, la lumière,
Mais aussi le poids des choses,
Que lui importe ?
*
Son cœur déjà dans la nuit,
Ses yeux clos,
Ses mots absents...
*
Celui qui s’enfuit,
A pourtant sa vie propre,
Où nous ne sommes plus.
*
Ce sel au coin des yeux,
Ces lèvres desséchées,
Cette présence qui s’interrompt.
*
Nulle souffrance apparente,
Cette immense fatigue, seulement,
D’attendre autre chose ?
Béryl Cathelineau-Villatte
29 octobre 2009
Un arbre Francis Carco
Un arbre
Un arbre tremble sous le vent,
Les volets claquent.
Comme il a plu, l'eau fait des flaques.
Des feuilles volent sous le vent
Qui les disperse
Et, brusquement, il pleut à verse.
Francis Carco
publiés l'an dernier:
-Automne de Michel Leiris
-Chanson d'automne de Paul Verlaine
30 septembre 2009
de la cime ou du vent, André Velter
De la cime ou du vent
Qui chante au sommet ?
Ni l'un ni l'autre dit-on
L'esprit seul se fait entendre
André Velter
21 août 2009
ballade à la lune d'Alfred de Musset
Ballade à la Lune
C'était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.
Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d'un fil,
Dans l'ombre,
Ta face et ton profil ?
Es-tu l'œil du ciel borgne ?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard ?
N'es-tu rien qu'une boule,
Qu'un grand faucheux bien gras
Qui roule
Sans pattes et sans bras ?
Es-tu, je t'en soupçonne,
Le vieux cadran de fer
Qui sonne
L'heure aux damnés d'enfer ?
Sur ton front qui voyage,
Ce soir ont-ils compté
Quel âge
A leur éternité ?
Est-ce un ver qui te ronge
Quand ton disque noirci
S'allonge
En croissant rétréci ?
Qui t'avait éborgnée,
L'autre nuit ? T'étais-tu
Cognée
A quelque arbre pointu ?
Car tu vins, pâle et morne,
Coller sur mes carreaux
Ta corne
A travers les barreaux.
Va, lune moribonde,
Le beau corps de Phébé
La blonde
Dans la mer est tombé.
Tu n'en es que la face
Et déjà, tout ridé,
S'efface
Ton front dépossédé…
Lune, en notre mémoire,
De tes belles amours
L'histoire
T'embellira toujours
Et toujours rajeunie,
Tu seras du passant
Bénie,
Pleine lune ou croissant.
T'aimera le pilote,
Dans son grand bâtiment
Qui flotte
Sous le clair firmament.
Et la fillette preste
Qui passe le buisson,
Pied leste,
En chantant sa chanson…
Et qu'il vente ou qu'il neige,
Moi-même, chaque soir,
Que fais-je
Venant ici m'asseoir ?
Je viens voir à la brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.
Alfred de Musset
20 août 2009
Litanies des premiers quartiers de la lune Jules Laforgue
Lune bénie
Des insomnies,
Blanc médaillon
Des Endymions,
Astre fossile
Que tout exile,
Jaloux tombeau
De Salammbô,
Embarcadère
Des grands Mystères,
Madone et miss
Diane-Artémis,
Sainte Vigie
De nos orgies
Jettatura
Des baccarats,
Dame très-lasse
De nos terrasses,
Philtre attisant
Les vers luisants,
Rosace et dôme
Des derniers psaumes,
Bel œil-de-chat
De nos rachats,
Sois l'Ambulance
De nos croyances !
Sois l'édredon
Du Grand-Pardon !
Jules Laforgue
Recueil : L'Imitation de N.D la Lune
19 août 2009
Tristesses de la lune de Charles Baudelaire
Tristesses de la lune
Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse;
Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,
Qui d'une main distraite et légère caresse
Avant de s'endormir le contour de ses seins,
Sur le dos satiné des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,
Et promène ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l'azur comme des floraisons.
Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
Elle laisse filer une larme furtive,
Un poëte pieux, ennemi du sommeil,
Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,
Aux reflets irisés comme un fragment d'opale,
Et la met dans son cœur loin des yeux du soleil.
Charles Baudelaire
18 août 2009
La lune blanche Paul Verlaine
La lune blanche
Luit dans les bois;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée...
O bien aimée.
L'étang reflète
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure...
Rêvons, c'est l'heure.
Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l'astre irise...
C'est l'heure exquise.
Paul Verlaine
17 août 2009
Zen: poèmes et pensées de lune
Notre vie est éphémère
Pareille au reflet de la lune
Dans la goutte d'eau
Tombant du bec du héron
Dôgen Zenji
*
La noirceur de l'ombre des pins
dépend de la clarté de la lune
Kodo Sawaki











