Travail du sol (extrait)

D'un petit dépotoir de village
renaissaient parfois un iris, une plante grasse
jetés en leur temps avec le pot fendu,
le rhizome acharné à rejaillir
parmi les ordures, déchets, rebuts
recomposant une patrie dans le terreau des morts
où l'on achevait, sédentaire, de pourrir
sous les remparts en escalier des jardins,
là même où les chats maigres
avec leur tête en triangle issue des sables
viendraient remâcher l'herbe à eux destinée,
en marge du conglomérat humain qui s'arroge
très tôt les hauteurs de la roche,
d'inattaquables meurtrières, créneaux
par où le crime eut soif entre les murailles,
tournis d'une histoire amassée dans la chute
des seaux, faïences, poteries ornementées,
tous les résidus de vie qui remontent,
comme à l'assaut.

du dépotoir

Etienne Faure 
« Tête en bas »