J’ai mis les livres de côté
et je vois les dernières pommes
tomber des arbres gelés

j’ai vu aussi les glands darder
leurs pousses rouges
dans le sol dur

et l’écorce des bouleaux blancs
fut pour moi plus que tous les livres

et ce que là je lus
dénuda mon cœur au soleil d’hiver
et ouvrit ma cervelle au vent

et tout à coup
tout à coup je sus dans ce bois d’hiver
que j’avais toujours été là
avant les livres
comme après les livres
il y aura un bois d’hiver

et mon cœur nu
et ma cervelle ouverte au vent. 

Kenneth White Un monde ouvert (anthologie personnelle) coll. poésie Gallimard